Conseillère conjugale, passionnée des couples, Bénédicte Lucereau a fondé le cabinet Mots-croisés il y a plus de 12 ans. Auteur du livre ‘Se passer de la pilule, c’est possible !‘. Elle a bien voulu répondre à nos questions sur la pilule et les clefs d’une sexualité vraiment épanouie.

Corpsféminin.com : On nous demande parfois : “Je ne veux pas prendre la pilule car c’est pas bon pour la santé, j’ai trouvé la solution avec le préservatif…” qu’en pensez-vous ?

Bénédicte Lucereau : C’est vrai que prendre des hormones tous les jours a des conséquences sur la santé et le corps : pour preuve, on en prescrit pour diminuer l’acné, pour réduire une endométriose, pour avoir plus d’énergie et de libido etc… Et lorsqu’on lit la liste des risques et contrindications sur la fiche médicale de la boîte de pilule, on voit bien que ce n’est pas inoffensif. D’ailleurs, « ça marche » pour empêcher l’ovulation !

Corps féminin.com : Et le préservatif : est-il une solution ?

B. L. :  Aux risques médicaux, oui, puisqu’il est simplement « mécanique » et non pas chimique. Mais à quoi cherche-t-on vraiment une solution ? On veut prévenir des problèmes de santé dans quel but ? Si c’est pour éviter qu’un rapport sexuel soit vrai, conforme à ce pour quoi il est destiné (s’aimer et donner la vie), alors la question est déviée. Car, oui le préservatif n’est pas mauvais pour la santé, mais non, il n’est pas la panacée pour une sexualité de qualité entre un homme et une femme qui s’aiment. D’ailleurs, les hommes n’en veulent pas plus que les femmes ne veulent de la pilule : ils veulent aussi une sexualité « libérée de tous ces machins-là » !

Corps féminin.com : on entend parfois dire : “Les méthodes naturelles ne marchent pas à 100% : c’est tout de même prendre un risque ?”

B. L. : Elles marchent à 100% si elles sont utilisées avec 100% de sérieux, comme la pilule d’ailleurs, qui est si souvent mal prise… Le risque réside plus dans un désir d’enfant caché, dans le fait que l’homme se désintéresse de la fertilité de sa femme, dans une fantaisie qui tient plus du bricolage que d’une vraie sexualité responsable. S’aimer pour de bon, fait de nous des êtres capables de s’engager vis à vis de l’autre, et donne envie que cet amour se prolonge dans une autre vie donnée, si c’est le moment : l’enfant, fruit de notre amour.

Corps féminin.com : on entend aussi :  “La pilule a favorisé la libération de la femme : arrêter, c’est revenir en arrière, n’est-ce pas ?”

B. L. : La pilule a permis à la femme de s’émanciper d’une domination masculine injuste, et lui a permis de tenir son rôle dans la société, ce qu’elle a prouvé pendant la guerre où les hommes étaient au front. Les MAO (Méthode d’Auto-Observation, ndlr) se sont développées à peu près au même moment, mais sans les énormes moyens financiers et idéologiques à l’appui. Trop simples ? Trop exigeantes ? Mais est-ce penser que la femme n’est pas capable de se connaître ? Et l’homme de la respecter ? Et donc de l’aimer ? Non… il y aurait une grande avancée à « revenir en arrière » et à démolir ces idéologies qui nous persuadent que la liberté sexuelle c’est de faire ce qu’on veut quand on veut, avec qui on veut… Il n’y a jamais eu autant d’infidélité dans les couples depuis que les hommes pensent qu’il n’y a pas de conséquences à avoir une relation sexuelle.

Corps féminin.com : que répondre à  “Il n’y a que les cathos qui utilisent les méthodes de planification naturelle : n’est-ce pas un peu ringard ?”

B. L. : D’où vient cette idée qu’il n’y aurait que les cathos qui connaîtraient leur corps et leur fertilité, et que « les autres » ne seraient pas capables d’avoir une sexualité harmonieuse et épanouie ? Heureusement que tous les hommes et les femmes sont égaux, capables de mener à bien leur vie sexuelle de façon épanouie et responsable !

Corps féminin.com : que répondre aussi à cette internaute  : “Je prends la pilule depuis l’âge de 14 ans, j’aimerais arrêter, mais je ne veux pas tomber enceinte : est-ce possible de commencer sans risque ?”

B. L. : Vous avez raison de poser la question ! Je ne connais pas votre âge aujourd’hui, mais c’est plus facile dans la vie de prendre de « bonnes habitudes » que de se défaire d’anciennes qu’on veut changer ! Quoi qu’il en soit, il existe des moniteurs ou des conseillers conjugaux qui sont là pour vous guider et vous aider à connaître votre cycle et l’utiliser pour régler votre vie sexuelle selon votre désir d’enfant et celui de votre conjoint. Il est toujours possible de s’y mettre ! Le mieux, c’est à deux ! Car l’homme doit être partie prenante.

Corps féminin.com : “J’ai envie d’arrêter la pilule mais mon mari ne veut pas : comment le décider ?”

B. L. : On ne peut « forcer » la liberté de l’autre… surtout en cours de vie commune. Mais il existe des cycles de conférences avec des témoignages sur la façon dont cette régulation des naissances renforce et maintient le désir sexuel, et stimule l’appétit sexuel dans la durée : ça vaut le coup, non ?

Corps féminin.com : “J’ai toujours envie de mon mari en pleine ovulation, c’est difficile de me retenir… que faire ?”

B. L. : C’est une réalité avec laquelle il faut apprendre à vivre : faire patienter son désir, le laisser en sourdine pour qu’il puisse s’épanouir en extase quelques jours plus tard. Cela s’appelle la continence périodique. Les sexologues utilisent l’abstention de relations pour intensifier le plaisir chez les couples qui ont des pannes d’orgasmes.

Corps féminin.com :  autre question : “Ma fille a 15 ans, un petit ami… n’est-ce pas plus simple de lui proposer la pilule ?”

B. L. : Évidemment, c’est très simple ! Mais ce n’est pas la respecter, ni avoir une très haute idée d’elle… Vous pourriez lui apprendre à connaître le rythme de son corps et de sa fertilité, et lui apprendre ce que veut dire aimer et se donner.

Corps féminin.com : “Je n’ai pas le droit tomber enceinte pour raisons médicales… cette méthode n’est pas pour moi ?”

B. L. : C’est une question éthique : il n’y a que vous qui pouvez y répondre. La conscience de chacun, éclairée et soutenue par un vrai discernement spirituel, est la lumière qui nous guide et permet de répondre de nos choix.

Corps féminin.com : “Mon homme est souvent absent… ça tombe pas toujours bien quand il revient.. comment faire ?”

B. L. : L’aimer encore plus ! Parfois, il y a plus d’amour dans la réserve et l’attention mutuelle, que de se jeter l’un sur l’autre en se dévorant jusqu’à plus faim !

Corps féminin.com : En tant que conseillère conjugale, c’est quoi, pour vous, une sexualité épanouie ?

B. L. : C’est une sexualité qui dit le « je t’aime toi, tel que tu es, pour toujours, et quoi qu’il en soit. Je te respecte dans tout ton être , beau ou laid, blessé, admirable ou repoussant, énervant, limité, surprenant, changeant. C’est toi que j’ai choisi, c’est toi que je continue à choisir aujourd’hui et que je choisirai demain ». Alors le corps s’ouvre pour recevoir l’autre, et se donne dans une joie qui émerveille : évidemment, on a envie de recommencer, sans jamais se lasser ! Yeux dans les yeux, bouche contre bouche, corps contre corps !

Corps féminin.com : Quel est pour vous le plus important dans un acte sexuel réussi, une vie sexuelle épanouie ?

B. L. : L’autre ! Donc le regard que je pose sur lui-elle: un regard sobre, juste, délicat, qui ne prend pas pour soi, mais élève l’autre.

Corps féminin.com : Faut-il favoriser le plaisir, le désir, ou le don ?

B. L. : Les trois conjointement, sans jamais les séparer ! La règle d’une sexualité épanouie, c’est de ne jamais séparer ce qui doit rester uni : l’homme et la femme, le corps et le cœur, le geste et la parole , l’acte sexuel et la possibilité de transmettre la vie etc… Tout se tient, car nous sommes un, et faits pour construire la communion, donc l’amour.

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