La « désidéalisation » (désidéaliser son couple), une réalité nécessaire à la vie conjugale !

Idéaliser son couple, cela arrive et c’est bien naturel. Le désir d’aimer et d’être aimé est exprimé par de nombreuses personnes, ainsi que le désir d’inscrire cet amour réciproque dans la durée. Pourtant, c’est à l’épreuve même de ce temps, et donc de la banalité quotidienne, que les couples devront apprendre à se connaître toujours davantage : processus de reconnaissance, au cœur de l’expérience conjugale.

Au début de la rencontre amoureuse, tout est beau !

On se comprend, on se devine, on se raconte. Rien ne laisse penser que l’on pourrait un jour se disputer. Cette étape est nécessaire, elle permet :
– de valoriser chacun, chacune, dans une reconnaissance narcissique, où il est bon d’être tout pour l’autre et de se sentir comblé(e) soi-même.
– de souder le couple, d’ancrer son histoire, d’en faire un récit heureux… que l’on pourra relire les jours de disette affective.

Puis, peu à peu, la réalité reprend ses droits : celui ou celle que j’aime n’est, finalement, pas si parfait(e) que ça (pas plus que je ne le suis moi-même) ! La routine aura vite fait de révéler ses petites manies qui agacent, ses défauts que je ne voyais pas avant.

L’autre est différent, c’est un fait. Et si je suis capable de l’entendre, le vivre peut en revanche prendre une tournure bien plus amère, dans laquelle viendra s’enraciner suffisamment de rancœur et de déception pour qu’un jour, le couple puisse en être chahuté.

Car les défauts et les différences de la personne que j’aime me renvoient souvent à mes propres failles : il n’est pas exceptionnel de reprocher à l’autre ce qui ne va pas d’abord chez soi. Cesser de trop l’idéaliser sera ainsi le programme de toute une vie, où chacun
apprendra, au-delà des résistances, à accueillir ses propres limites avant de pointer du doigts celles que j’aperçois chez mon aimé(e).

Les différentes étapes de la vie participeront sans peine à ce processus. Une naissance, un travail prenant, un déménagement, de la fatigue… Autant d’évènements normaux qui pourront mettre un couple à l’épreuve de ses manques, provoquant un ou plusieurs épisodes de crise plus ou moins violents.

Est-ce que cela signifie que le couple tombe en désamour ?

Pas forcément. En plus d’être normales, ces étapes sont nécessaires : c’est au sein de cette désorganisation, qui ne se vit pas toujours sans l’économie de la souffrance, que l’autre m’apparaîtra vraiment tel qu’il est, et que je pourrais me dévoiler à lui dans toute mon imperfection.

Cela demande beaucoup d’humilité, de dialogue et de franchise. Mais ce changement de regard, emprunt de plus de modestie, nous oblige à vivre la relation de façon plus juste. L’autre me déçoit, il me renvoie à ma solitude, et réciproquement. Or c’est dans cet solitude que pourront se déployer le désir de l’autre et la richesse de l’altérité.

La dés-idéalisation est une réalité nécessaire à la vie conjugale. Elle pourra faire crise, mais reste cependant un bon levier d’évolution pour permettra au couple de s’organiser de façon nouvelle, de mûrir, de s’accueillir dans l’ordinaire de ce que nous sommes et l’extraordinaire de nos personnalités !

Hélène Dumont, conseillère conjugale